PLANTES BIO-INDICATRICES

Pour réaliser un diagnostic de vos sols
retour au menu

Les adventices, un outil de diagnostic pour les sols

On associe souvent les adventices à des végétaux indésirables à éradiquer pour le bien-être des plantes cultivées. Cette flore naturelle est aussi une précieuse alliée qui fournit des informations sur les points forts et les points faibles du sol sur lequel elle se développe.

Picture

es plantes et le milieu dans lequel elles vivent interagissent fortement. L'apparition (ou la disparition) spontanée de certaines espèces dans les cultures est un révélateur de l'état du sol. Les mauvaises herbes dont on veut débarrasser nos cultures témoignent

de la mémoire du sol et

révèlent les transformations subies par le sol avant que celles-ci ne soient visibles autrement.

L'aventure des plantes

Les plantes ont sans cesse évolué pour répondre aux contraintes du milieu. Cette adaptation leur a permis de coloniser les terres émergées.

Il y a 3,5 milliards d'années, la vie apparaît sur Terre dans l'océan primitif. Les cyanobactéries (algues bleues) sont sans doute les 1ers végétaux. L'aventure des plantes terrestres commence il y a 400 millions d'années avec (apparition d'une atmosphère suffisamment riche en oxygène (suite à l'activité photosynthétique des algues vertes et bleues) pour permettre la vie terrestre : les mousses, qui dépendent encore de l'eau pour leur reproduction, colonisent les berges. Elles se nourrissent uniquement des gaz de l'air (CO2, azote) et d'eau

Picture

douce pour fabriquer les sucres et les protéines nécessaires à leur croissance. Des végétaux proches de nos fougères et de nos prêles les suivent. Mais s'ils se rigidifient et se redressent, si des "pompes" et des "canaux" apparaissent permettant de puiser et de faire circuler l'eau dans

tous les organes et s'ils s'enracinent, ces végétaux ne quittent pas les zones humides, car ils continuent à se reproduire par spores, comme les mousses et les algues vertes. Il y a 340 millions

d'années, l'ovule (cellule sexuelle femelle) et le pollen (cellule sexuelle mâle) permettent aux phanérogames gymnospermes de coloniser des

milieux plus secs, le pollen étant très résistant à la sécheresse et capable de voyager dans les airs. Le ginkgo est une de ces 1res plantes à ovule. L'ovule n'est pas encore adapté à une bonne dissémination : quand il est fécondé, il germe immédiatement, même si les conditions de milieu ne lui sont pas favorables et entraînent son dessèchement. Au Carbonifère, de plus en plus de plantes apparaissent et forment en se décomposant un substrat qui peu à peu remplace les sols désertiques des continents. À cette même époque, une nouvelle étape de l'adaptation des plantes à la vie terrestre est franchie avec l'apparition de la graine chez les conifères l'ovule fécondé germe uniquement

1 Epilobium hirsutum (photo G. Ducerf).

lorsque les conditions favorables sont réunies. II y a 100 millions d'années, les ovules des phanérogames angiospermes sont protégés dans un ovaire étanche, qui constitue l'une des composantes de la fleur. Après fécondation, l'ovaire se transforme en fruit et l'ovule en graine. À partir de ce moment, la conquête des terres s'accélère et le nombre d'espèces augmente considérablement.

Conditions requises pour la germination

Depuis l'apparition des phanérogames gymnospermes, toutes les plantes ont des graines qui, à maturité, libérées ou non par le fruit, sont incapables de germer tant que des conditions particulières ne sont pas

Picture
Picture
Picture

© Epilobium hirsutum (photo G. Ducerf).

Le Maraîcher M mal 2002


Tableau 1. Exemples de plantes bio-indicatrices en France.

4 Papaver rhoeas (photo G. Ducerf).

réunies. Le sol constitue un énorme réservoir de graines, mais les facteurs favorisant la germination sont très variés et dépendent de l'espèce végétale. La levée de dormance de la digitale s'effectuera par l'exposition à la lumière, celle du gui et de l'aubépine par l'action des sucs digestifs lors du passage dans l'estomac des oiseaux. Le feu lève la dormance du pin d'Alep. La pomme de terre fait germer la menthe. Le coquelicot et le bleuet sont les

compagnes naturelles

du blé. S'il pousse des chardons dans les cultures, le travail du sol en est responsable. Ainsi la germination d'une graine dépend

- de la géologie, du climat, de l'hydrologie, de la structure du sol ;

- des pratiques humaines présentes ou passées ;

- de la vie des bactéries du sol, aérobies et anaérobies, répliques de celles qui vivaient dans l'océan

© Convolvulus arvensis (photo G. Ducerf).

primitif, chevilles ouvrières de la transformation de la matière organique du sol ;

- de l'environnement végétal.

Diagnostic

La connaissance du biotope primaire d'une espèce permet de comprendre la transformation du milieu secondaire qu'elle colonise...

Les plantes apparaissent spontanément dans les cultures parce que les conditions nécessaires à leur germination se sont réalisées et qu'elles rétablissent le cycle naturel. Retrouver et analyser le biotope p rimaire, c'est-à-dire le lieu où la plante vit

avec ses compagnes dans son milieu naturel, sans l'intervention de l'Homme, permet d'identifier les facteurs favorables à sa prolifération. La connaissance du biotope primaire d'une

espèce permet de comprendre la transformation du milieu secondaire qu'elle colonise et, par comparaison, de lister les caractères indicateurs qui ont conduit à la germination de la graine (tableau 1). Ces lieux modifiés par l'action de l'Homme sont désignés sous le nom de biotopes secondaires. Ainsi, l'ambroisie, plante annuelle, pousse naturellement dans les zones désertiques. Sa présence permet de comprendre les modifications du sol cultivé ou

Picture

modelé par des pratiques humaines. La germination de la graine d'ambroisie est due à la perte d'humus, à la déstructuration des argiles par les intrants chimiques, qui provoque la perte de cohésion des sols réduits en poussière. L'ambroisie nous dit Vous fabriquez un désert artificiel ".

L'inventaire des adventices de culture permet donc, en reliant leur

biotope secondaire à leur biotope primaire, de faire des diagnostics de sols, qui sont complémentaires des analyses pédologiques et permettent de prévoir les modifications du sol avant que des désordres graves ne s'installent.

par Gérard Ducerf

'botaniste, formateur en agrobiologie. responsable du bureau d'études Promonature (71).

Picture

Le Maraicher • mai 2002

Picture